CHER PAPA NOEL

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Cher papa Noël, 

D’abord je voudrais te dire que je te kiffe, j’ai jamais trop bien compris le délire du port du bonnet en intérieur, mais à part ça, je te trouve vraiment sympa. Tout le monde t’écrit avant Noël pour la fameuse liste, y compris moi hein, mais du coup comme tu as été super giga cool avec moi,  je me suis dit que j’allais t’écrire après, pour te raconter notre noël à nous. Et te dire combien je suis content, et te faire marrer un peu aussi, parce que chez nous, Noël, c’est pas que joli, c’est aussi très drôle. Enfin, selon où on se place… D’abord il faut que tu saches que cette année on a fait Noël chez nous : Maman et moi. Du coup maman était un peu au taquet de la rangitude et de la propritude de la maison, à la limite du pénible. Elle a utilisé des accessoires de l’aspirateur qu’elle savait même pas à quoi ça servait. Elle a sorti des produits ménager de dessous l’évier qu’on savait même pas qu’on les avait! Après elle a fait une trop chouette table avec de la lumière dessus, et des sapins tout petits, elle avait même acheté une nappe en tissu… C’est peut être un détail pour vous, mais pour elle, laisse moi te dire que ça veut dire beaucoup. Elle a même mis un autre bout de nappe par dessus dans l’autre sens et elle m’a dit que c’était un chemin de la table ou un truc comme ça… elle a mis des trucs en forme d’ananas dorés pour mettre les noms des gens dessus, ce qui est un peu chelou parce que les ananas je vois pas trop le rapport avec Noel, et qu’en plus on connaissait déjà les noms des gens qui venaient, mais c’est maman qui décide. Je ne pose pas de questions, ça l’énerve. Et maman c’est mieux qu’elle soit pas énervée (si, si, je te jure)… 

On avait fait un sapin trop canon, mais ça tu l’as vu quand t’es passé, je t’avais mis le train de noel lego qui tournait en dessous, on se serait cru dans un téléfilm de M6 où à la fin tout le monde est amoureux ou retrouve son chien…  

Maman avait préparé un apéro de dingo, elle avait même mis de la purée de potiron dans des petits verres ridicules qu’elle m’a dit que ça s’appelait des verrines de butternut au cumin, mais je te jure que en vrai c’était de la purée de potiron dans des verres. Tata est arrivée en avance avec mon cousin (celui qui est tout petit et qui touche à tout) pour « aider ». Maman s’est un peu énervée quand mon cousin l’a « aidée » en se suspendant aux rideaux de sa chambre, ce qui a arraché la tringle et les chevilles du mur. J’ai entendu beaucoup de gros mots, dont un qui commence par pute et qui finit par -ain mais que j’ai pas le droit de le dire. Mais maman l’a dit pleeeeeeein de fois. Après, comme maman était déjà de très très bonne humeur, mon autre tata lui a demandé comment elle allait s’habiller pour le réveillon. Et comme apparemment elle comptait rester habillée comme elle était, elle a fait une tête un peu comme quand le matin dans la voiture elle se rend compte qu’elle a oublié la boite à gouter dans le cartable, et qu’elle est moitié surprise, moitié sursaoulée, moitié au bout de sa vie. ça fait 3 moitiés, mais c’est vraiment une tête bizarre. Donc au lieu de se changer elle est allée chercher dans la boite à outil de quoi refixer la p*tain de tringle, et comme elle est super forte elle a tout réparé, et elle a crié sur mon cousin que c’était très, mais très vilain. Lui il souriait. Et ça, il faut pas le faire quand maman te gronde. Pour se calmer, maman est allée AIDER papy a ouvrir les huitres et les oursins. Dans ma famille on a une notion de l’AIDE bien particulière, Aider papy ça consiste précisément à lui dire « T’en es où? » « T’as ouvert que ça? » « Tu vas tout ouvrir? » ça l’aide pas, mais comme ça, au lieu de s’engueuler avec mamie, il s’engueule avec maman. ça fait un genre de diversion. c’est aussi une façon d’aider. Elle a aussi décoincé la pince à oursins qui était grippée, parce que je te le dis, ma mère, c’est super héros.  

Après on a commencé l’apéro. Nous, on est allés jouer dans ma chambre avec mon tonton et mon cousin, et pendant ce temps là, tu es passé ! Ouais, chez nous tu passes le soir, maman m’a expliqué que tu pouvais pas tout faire pendant la nuit, du coup tu prends un peu d’avance en passant chez nous pendant l’apéro, parce qu’on est pistonnés, apparemment tu étais en classe avec mamie ou un truc du genre. On a le droit d’ouvrir les cadeaux le soir.  Là y’avait tellement de cadeaux qu’on pouvait plus marcher dans le salon! C’était trop chouette. Moi j’adore les cadeaux. Tout le monde en a eu. Moi j’en ai eu plus que plein. J’ai même eu des trucs qui étaient pas sur ma liste! Après on a couché mon cousin parce que c’est un bébé, et du coup tata a fait cchhhhhhuuuuuutttt à chaque fois que quelqu’un hurlait, enfin, parlait, mais chez nous c’est un peu pareil…. Moi j’ai joué avec mes cadeaux pendant que les grands mangeaient des animaux même pas morts venus de la mer. Avec du paté pas dégueulasse mais un peu gras. Après tonton et tata sont venus m’aider à monter l’hopital pédiatrique playmobil et ils ont donc failli divorcer 22 fois parce que c’était jamais le bon morceau qui allait avec le bon bout, ou l’inverse. Je les ai bien aidé aussi. Maman a mis son sweat tout neuf avec Gillou dessus que tu lui as apporté, Je sais pas qui c’est ce monsieur mais maman a dit qu’il était, je cite « grave canon », et papy lui a dit de l’enlever, parce qu’il ne cautionne pas. J’ai pas tout compris, mais maman l’a gardé. Les grands ont bien beaucoup mangé et bu, et rigolé. Moi j’ai bien joué. Après Tata et mon cousin sont restés dormir à la maison. Pour ne pas réveiller mon cousin trop tôt le lendemain matin tata a baissé le store électrique de la chambre de maman… Mais mon cousin était un peu malade, alors il a préféré rester éveillé toute la nuit, et pleurer. Du coup c’est pas la lumière du jour qui l’a gêné hein. D’autant que maintenant elle gêne plus trop, parce que comme tata a oublié d’arrêter le store, le moteur a grillé et on peut plus le relever. Tu te doutes que Maman était encore ravie le lendemain matin. C’était vraiment un joyeux Noel. 

On est tous hyper contents de nos cadeaux, sauf que le chapeau que tu as apporté à Papy est trop grand et le Tourne disque que tu as apporté à maman ne tourne pas, mais il parait qu’on peut te les renvoyer au pole nord par la poste et que tu fais des échanges. Mamie kiffe trop son bougueule home, on a trop bien joué avec, mais maman arrive pas à tout bien brancher pour le relier à la télé et aux ampoules, mais déjà on se marre bien quand même, quand tu lui dis OK bougueule, il te répond ! Avec une voix de fille. Avec Mamie on joue grave. ça nous met toutes les musiques qu’on veut. Le problème c’est que je peux pas dire « ok bougueule range ma chambre » et maman elle arrête pas de me dire de la ranger parce que soi-disant on peut pas laisser la caserne ghostbusters et l’hopital pédiatrique au milieu du salon. Je vois pas pourquoi. C’est tellement plus pratique pour jouer. Les adultes sont vraiment bizarres. 

En tout cas papa Noel, je te dis vraiment merci de nous avoir tous gâtés, pour l’an prochain, change rien, fais nous tout pareil, avec une famille qui s’AIDE toujours autant. Parce que quand même, on rigole vraiment vraiment bien. 

Allez Bisous. 

 

1943-2017

Dehors il fait beau des milliers d’oiseaux s’envolent sans effort. 

Je suis dans le noir et j’ai du mal à croire… 

Et puis je sais tous ces regards sur vous 

Et puis je sais tous ces mots qu’on ne dit pas

Et puis je sais  tout ce que vous auriez pu faire à défaut de vous taire

Quand vous approchiez l’enfer…. 

A force de briser dans vos mains des guitares…

Vous n’étiez probablement qu’un fou… 

Il a suffit d’un rien. D’un geste. il a suffit d’une étincelle. 

On vous a donné l’obscurité puis la lumière, la faim, le froid puis un festin, 

On vous a enlevé ce qui était vain et secondaire… 

Vous avez refusé de mourir d’amour enchainé. 

Et vous nous laissez là, avec nos pleurs qu’on garde sur le coeur, 

Des souvenirs éblouissants et des visions de néant.

On y a cru, comme à la terre, comme au soleil,  comme un enfant, comme on peut croire au ciel. 

Et puis… le vide dans notre tête et le vide dans notre cœur… 

C’est un chanteur abandonné

Qui a vécu sans se retourner

Sûr que le blues est inventé

Pour lui, cette nuit.

Rien ne sera jamais plus pareil.

A certaines heures de la nuit

Quand le cœur de la ville s’est endormi

Il flotte un sentiment comme une envie

Ce rêve en nous, avec vos  mots à vous. 

Vous nous aviez promis la vie de vos rires à vos larmes. 

Arrêtez le temps et les heures, je vous en supplie, à l’infini… 

Battre le sang dans nos veines 

Monter le son des guitares 

Le bruit des motos qui démarrent. 

Y’a tant d’hommes que vous n’êtes plus, 

y  a tant de phrases qu’on dit que vous ne direz plus. 

Dites au curé, dites au pasteur qu’ailleurs ils aillent se faire pendre

Le diable est passé de bonne heure et votre âme n’est plus à vendre

Est ce que votre mère pourra jamais vous pardonner de l’avoir trop fait pleurer… 

Je sais que vous n’avez rien dit c’est votre oeil que je prends au mot

Souvent un seul regard suffit pour vous planter mieux qu’un couteau.

Quand le ciel dans vos yeux d’un seul coup n’est plus pur…

A cause de vous je ne suis plus la même… 

Par votre faute j’ai changé aussi… 

Plus jamais des adieux rien que des au revoir… 

Une chose est sure c’est que j’oublierai pas votre nom 

D’aucune façon. 

Et cette certitude me fait plus mal encore

J’aime cette blessure c’est vous encore. 

C’est la clé des secrets de mon âme

La vie de mes rires à mes larmes

Le feu à la place des armes

Et jamais des adieux, rien que des au revoir.

 

Retiens la nuit. 

Je te promets d’être heureuse si tu n’as plus d’espoir. 

Que je t’aime. Que je t’aime. Que je t’aime. 

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Monsieur

img_1272.jpgCe matin c’est Patrick Cohen qui m’a annoncé votre mort. Bien sûr à 92 ans, elle était plus probable que celle de pas mal d’autres … Mais quand même, ça m’a fait quelque chose. Vous étiez l’incarnation de l’esprit. Des mots d’esprit. Je me demande qui, qui disséminera dorénavant ces petites piques avec classe à propos de nos politiciens. De notre déplorable actualité. Qui posera désormais ce regard si bleu et si clair, mais si critique et bienveillant sur notre société et ses excès. Qui sera maintenant le respectable garde-fou de notre asile. Qui  commentera tout ce cirque avec humour, malice et respectabilité… Ce n’est plus Toi. Toi tu vas simplement regarder tout ça d’un peu plus haut, d’un peu plus loin. Sûrement rigoleras-tu avec cet autre grand Jean, qui t’a devancé de quelques semaines. Ensemble vous ferez probablement marrer Simone, et Jeanne passera par là… ça fumera des clopes et boira du bon vin, en se disant « tout ça pour ça ». Finalement vous êtes mieux là haut tu sais…  Apparemment dans pas trop longtemps Johnny montera vous allumer un feu de tous les diables, ça fait un moment qu’il le prépare.. Je me demande si en arrivant il va dire « Je ne suis qu’un fou, qu’un fou, un fou d’amour, Un pauvre fou qui meurt, qui meurt d’amour. » . Essaie de voir quand même, maintenant que tu es là haut, si on peut mourir d’amour, je me pose la question, sur doctissimo ils n’en parlent pas. Tu crois toi ? Excuse moi, je te dis tu, mais tu sais si j’avais un jour eu la chance, que dis-je l’honneur de te rencontrer, je t’aurais donné du vous. Même du Vous avec un V majuscule. Et je ne t’aurais pas parlé de Doctissimo. Tu fais partie de ces gens qu’on ne peut pas tutoyer en vrai. Mais maintenant on s’en fout. Le tu, le vous. Toi l’académicien, toi l’amoureux de la langue. Tu me dirais que non, on ne s’en fout pas. Que chaque mot à son importance et qu’on ne peut pas en faire n’importe quoi. Et tu as tellement raison Jean. Enfin, vous avez tellement raison, Monsieur. Les mots c’est tellement chouette que tu peux faire ce que tu veux avec. Les mots c’est la plus belle arme. Les mots c’est la plus belle caresse. Les mots c’est le plus beau spectacle. Les mots c’est la plus belle toile. Les mots c’est le plus grand lien. Les mots c’est gratuit. Les mots c’est partout. Les mots c’est tout le temps. Les mots ça reste. Je suis de celle qui les garde. Qui les colle. Qui les écrit avec un vrai stylo.  Je suis de celle qui les lit. Je suis de celles qui aimerait en écrire plus. Je suis de celles qui aimerait en lire plus. Je suis de celles à qui les vôtres vont manquer. 

Vous étiez le grand jumeau de l’être humain qui m’est le plus cher au monde, celui que j’ai fabriqué. vous étiez né le même jour que lui. Ou plus exactement il est né le même jour que vous. Hasard du calendrier. Ou pas. Peut-être a-t-il choisi son étoile avec goût et intelligence… Moi je le crois.

Je me demande si vous aviez préparé un épitaphe.. une épitaphe? Vous voyez les mots… parfois on ne sait pas. Et c’est aussi ça qui est chouette. Vous pensez que sur votre pierre tombale ils vont mettre « Il manquera à tou-t-e-s »? (T’inquiète, si ils osent, je viens rectifier moi-meme. #inclusivetamère) Et dans un registre un peu plus sérieux, j’espère que votre titre d’Immortel n’était pas usurpé, et que vos mots resteront éternellement gravés. Vous nous laissez tristes de ne plus vous savoir éveillé, veillant, bienveillant. 

Allez, bisous.

PS : si vous croisez un gros canadien qui s’appelle René, dites lui que tout va bien, Céline est BEAUCOUP plus drôle maintenant!