J-1

Je sais que tu vas arriver, c’est dans mon agenda. Il dit même que c’est demain. Je t’aime bien hein, c’est pas contre toi, ton côté festif et un peu « chaud » ça nous amuse tous. Tu reviens tous les ans à peu près à la même époque, Tu lances la série des longs apéros, des tenues plus légères, des tongs, de l’huile dans les cheveux, des chipos et des après-midi devant Roland-garros en mangeant des cerises. Tu as toujours été le témoin de plein de beaux événements (genre le bac). J’ai avec toi des chouettes souvenirs. Plein. Tu nous donnes nos premières couleurs… L’envie d’aller à la plage et de mettre plus de glaçons dans le rosé…. De nous acheter des maillots… ou pas d’ailleurs. Ouais. Mais il faut que je te le dise. Tu coûtes trop cher. Tu vas rester là 30 jours. 30 longs jours. Et ton train de vie c’est… du n’importe quoi. Au début ça va aller à peu près, on le sait, on fera l’effort de suivre, mais au bout de deux semaines on sera déjà rincés. Sans déconner. T’es un des pires mois de l’année. Juin. Papa est né le 1er, maman le 8, le 10 le nain passe sa ceinture de Karaté, son anniversaire tombe le 16, on le fêtera surement 2 fois, cette année la fête des pères tombe le 17, mon neveu est né le 21, sa mère nous a calé son baptème le 24, le 22 on a intercalé la kermesse de l’école, le 29 le concert des enfants, et le 30 l’anniversaire de ma petite soeur (la mère du neveu, c’est bien, je vois que tu suis). Ajoute à ça les invitations aux anniversaires des copains de classe, et le reste, la vraie vie en général…. J’ai des copines dont les filles ont des galas de danse. Dieu soit loué j’ai eu un garçon. Mais on va mal finir je te le signe. L’excellente nouvelle c’est que Noel est dans 6 mois, donc on aura le temps de se refaire une santé… financière. En revanche en terme d’organisation, d’alcoolémie et de manque de sommeil, je cherche actuellement tout type de solution. Donc si vous avez des idées, hormis la citrate de bétaïne, le Berocca et l’efferalgan (les stocks sont faits) n’hésitez pas. On prend. La bonne nouvelle c’est que dans 30 jours… On est en juillet. La mauvaise c’est qu’il faudra occuper le nain H24, 7 jours sur 7. Que veux tu que je te dise… On mettra encore plus de glaçons dans le rosé, et on va y arriver. Je nous fais confiance.

Allez, bisous.

Avant, je courais.

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Avant je courais. Je t’explique. Ma vie était une course. Une course contre la montre.

Mère célibataire d’un nain de 6 ans -et demi- comme il dirait lui-même, ça consiste précisément à courir, en permanence, surtout avec un boulot à plein temps. Pour compliquer la donne je l’ai inscrit à des activités périscolaires différentes tous les jours après l’école, histoire de me challenger un petit peu… sans oublier les activités au sein même de l’école qui nécessitent également un tout petit peu d’organisation, parce que le livre du rallye-lecture de la bibliothèque est à mettre dans le cartable le bon jour, et il faut éviter de le mettre en smoking le jour où il a sport… Ajoute les boites à gouter à préparer et les devoirs… Tes journées sont des tunnels, et à 7h quand ton réveil sonne… tu commences à courir. Même si ce n’est pas dans la maison, c’est dans ta tête. Le déposer à l’école lavé, habillé, coiffé, petit déjeuner englouti (en général dans la voiture hein faut pas déconner non plus), contenu du cartable checké, boite à gouter pleine, devoirs faits, dieu soit loué pas besoin de coiffer mon modèle d’enfant… Ça relève un tant soit peu du miracle. Aller bosser en étant soi-même habillée maquillée coiffée à peu près correctement, faire les courses de bouffe pendant ta pause déjeuner, aller les ranger à la maison, lancer une machine, retourner bosser, mettre une alarme à 18h pour aller chercher le nain au cirque ou au Karaté ou aux échecs ou au chant selon le jour, ne pas se tromper d’endroit. Récupérer le génie, répugnant et content, toujours. Commencer à négocier dans la voiture pour pouvoir le mettre dans le bain en arrivant, l’envoyer dans la salle de bains, étendre la machine, l’envoyer dans la salle de bains, vider le lave vaisselle, l’envoyer dans la salle de bains, ouvrir le courrier, l’envoyer dans la salle de bains, Ranger un peu le bordel général qui règne… partout… Lui hurler dessus pour qu’il aille dans cette putain de salle de bains. Se lancer dans de la grande cuisine à base de pâtes en général, mettre de la musique un peu fort, se servir un verre de vin, aller lui dire de se savonner, faire cuire un bout d’animal, donner à manger à la tortue, lui dire de fermer l’eau ça va déborder et oui, tu te laves AUSSI les cheveux, répondre aux messages pour l’organisation de la prochaine sauterie collective dans le groupe de copines sur Facebook, dire au nain de sortir du bain, Mettre la table, répondre à Ben qui m’a envoyé une capture d’un tweet très très très drôle, dire au nain de sortir du bain, chercher son pyjama, aller ramasser la tenue complète qu’il portait aujourd’hui et qui orne le tapis de bain trempé, le slip et le pantalon retirés tellement vite qu’ils sont restés imbriqués l’un dans l’autre, les séparer, râler un peu, réexpliquer calmement que CECI n’est pas QU’un élément de décoration mais bel et bien un contenant placé précisément à cet endroit dans le but de recevoir le linge sale si possible par morceaux séparés. Faire un sourire forcé et lui dire que maintenant il sort de cette baignoire ou il ne dîne pas. Lui donner son pyjama. Dîner et raconter nos journées, rigoler bien sûr, lui dire 12 fois de manger proprement. Répondre à des questions improbables sur l’origine du monde et le wifi. Allez, Les dents, pipi et au lit. Lire une histoire. Le laisser 10 minutes avec un autre livre, 20h30, allez, on éteint, demain école… Débarrasser la table. Finir son verre de vin. ou s’en servir un autre… Allumer la télé… se dire que tout va recommencer le lendemain à 7h. Et recommencer…

Et puis… Et puis un jour j’ai arrêté de bosser. Donc de courir. Enfin, presque. Parce que finalement ça devait me manquer, du coup maintenant, je me suis mise à essayer de courir. Mais genre en vrai. Je dis « essayer » parce que c’est pas encore ça hein. Ça fait deux mois et c’est encore atroce. Chaque pas est un calvaire, chaque foulée est une épreuve. Je suis de ses personnes qui détestent le sport, sous à peu près toutes ses formes (Ouais, même à la télé). Pour moi, courir ne pouvait avoir une utilité que pour attraper un bus ou échapper à un sanglier qui charge. Les sportifs étaient à mes yeux une bande de débiles ou de masochistes. Si si. Je ne comprenais pas l’intérêt de faire un truc aussi désagréable, qui en plus fait transpirer et rend laid (sur le moment). Regarde les sportifs, ils font des grimaces, ils puent… pendant l’effort hein, en dehors ça est des gens comme toi et moi… enfin, je crois… Bon, le fait est qu’étant donnée mon hygiène de vie actuelle, soit je me mettais à faire « de l’exercice » soit je devenais un tonneau. Ma garde robe a choisi pour moi. Dans mon entourage pas mal de gens avaient l’air de trouver ça « fun » et pratiquaient ce sport chelou qu’est la course à pied, ils en parlaient, s’encourageaient mutuellement, alors je me suis dit « pourquoi pas ». Ouais. Donc en bonne connasse qui se met à une nouvelle activité, j’ai fait ce que toute vraie connasse digne de ce nom fait, je me suis précipitée à la mecque du sport, au temple des gens qui kiffent « l’exercice », le bien nommé : Décathlon. Tu vois, Paradoxalement, Je déteste le sport, mais j’adore aller chez Décathlon. Depuis toujours, Je ne sais pas pourquoi. Il y a un côté sympathique dans tous ces articles aux couleurs vives et dont j’ignore souvent totalement l’utilité… mais c’est jovial et t’as envie d’acheter plein de trucs. Je pense qu’ils diffusent des drogues parce que c’est quand même chelou d’avoir envie d’acheter des vêtements pour faire des sports que tu vas jamais pratiquer. Et même pour ceux que tu vas pratiquer, dis moi ce qui te prend, à toi, d’aller t’acheter des trucs si moches. Ouais, Alors que l’être humain  a réussi à s’extraire des années 80 et 90 sans trop de séquelles malgré les ravages du FLUO, alors que l’homo sapiens de la fin des années 2010 a trouvé son style Casual-chic dans des coloris sobres tels que le noir le bleu marine ou le gris, Il faudra m’expliquer pourquoi les stylistes, si on peut les appeler ainsi, qui se consacrent aux vêtements de sport ont ce besoin d’aller chercher des coloris qui grattent les yeux. Je ne comprends pas cette passion pour les… Stabilo. Ça ne peut être que ça, le type allait au bureau de sa mère avec elle et elle lui donnait des bics pour faire des dessins, alors que lui rêvait de prendre les stabilos. Devenu styliste chez Decathlon, le mec ne dessine plus qu’avec ce dont il a été privé petit… Et nous voilà avec des collections entières de vêtements avec des « touches » plus ou moins grosses d’ailleurs de fluo. Et te voilà, toi, alors que tu as tout ton sens commun et qu’en temps normal tu trouves que le kaki est déjà une couleur un peu flashy, te voilà en train d’essayer des chaussures de running orange fluo. Tu les essaies, tu marches dans le rayon, tu hésites avec une paire bleue et jaune FLUO. What the fuck? j’ai envie de dire. Et piiiiire, tu les trouves JOLIES. Et t’es même pas bourrée hein. Ha oui, tu t’es mise aussi à parler comme eux hein. Tu dis plus course, ou jogging (so 1998) nan, tu dis RUN ou Running. Et pour tes « runs », maintenant que tu ressembles à un gros stabilo, tu vas télécharger des applications avec des COACHS qui vont t’encourager. Tu vas porter ton Apple Watch tout le temps et te fixer des objectifs de nombre de pas complètement débiles (Si si, tu vas regarder combien de pas tu fais par jour TOUT LES JOURS). Tu vas comparer avec tes copines, tu vas te mettre à parler rythme cardiaque, tu vas échanger des conseils et des playlists Spotify pour accompagner tes « runs », tu vas publier sur les réseaux sociaux tes « exploits » hashtag FIERTAY, si si, je te jure -ay, comme ça se prononce… Ton instagram passe en mode poufiasse, tu vas parler en temps par km, tu vas utiliser le terme « Fractionné » tu vas même réfléchir à t’inscrire à un trail… jusqu’à ce qu’on te fasse faire la reconnaissance du parcours hein, la « reco » comme tu dis maintenant. Ouais, Après tu vas te calmer un peu. Faut pas déconner non plus, courir peut-être, faire de la rando, pourquoi pas, mais la rando en courant??? Qui a inventé ce sport? Vous poussez le bouchon les gars… Tu te cantonnes donc à un seul sport, la course, que tu tentes tant bien que mal de pratiquer… Et puis  il va se passer un truc, un moment où tu vas basculer définitivement. Ce moment tous les gens comme toi s’en souviennent dans une vie. C’est un moment clé dans ton parcours de « runneuse », et même, j’ai envie de dire dans ton parcours de femme. Ce moment, c’est celui où tu vas retourner chez décathlon un matin, presque comme tous les autres mais pas tout à fait, tu vas parcourir les rayons, mettant dans ton panier à roulettes bleues « tiens, des chaussettes basses » « oh, je vais me reprendre un legging » et là, au détour d’un rayon, tu vas mettre dans ton panier… une banane. Pas le fruit hein. Nan nan. Le… Le truc qui se met autour de la taille. Ouais, parce que c’est « pratique »  pour tes « runs » et y a une place exprès pour ta bouteille d’eau… une BANANE. Le sac qui se porte autour de la taille. Je te rappelle que tu likes tous les tweets de Loic Prigent, que Tom Ford est l’équivalent d’un dieu, et Nicolas Ghesquière un gourou. Mais là, tranquille, normal… tu vas porter une BANANE, meuf. (Ouais, je dis meuf, je parle jeune). Je pense donc aujourd’hui que la pratique du sport a, bien sûr un impact sur le corps et la santé, mais vous ne m’ôterez pas l’idée qu’elle déclenche probablement quelques troubles mentaux notables, tels que l’altération de la faculté à s’habiller correctement et le port d’accessoires absolument interdits pour les humains normalement constitués.

Alors je voulais vous le demander comme un service, si vous m’aimez vraiment… Comme on ne sait pas jusqu’où ça peut aller… je m’inquiète un peu… Si un jour vous me voyez approcher de près ou de loin une paire… de sandales à scratch, mettez moi une balle dans la tête. Je préfère.

Allez bisous.

Communions

aDimanche j’étais invitée à une première communion. Celle avec Dieu tu vois. Celle avec un grand C. Celle à l’Eglise… Tu sais, la maison de dieu. Celle dans laquelle moi, normalement je ne suis pas trop conviée parce que je ne suis pas trop… baptisée tu vois. Pourtant je connais toutes les récitations par coeur, tous les us et coutumes de ces gens chelous qui font mettre des robes à leurs chefs mais qui kiffent pas trop les garçons qui kiffent les garçons… Ouais, genre paradoxe de chez paradoxe… Ils savent faire ça. Moi j’ai jamais trop cru à tout ça, même si au fond, je sais bien qu’il y a quelque chose hein… Mon problème à moi c’est plus le cadre imposé les rituels toussa toussa… Bon, Dimanche du coup, Bien sûr je suis allée à l’Eglise, et en bonne païenne, j’ai fait des blagues et des jeux de mots douteux pendant la (un peu trop longue pour moi) cérémonie. Mais en vrai, c’était aussi pour cacher un peu mon émotion parce que en vrai c’est émouvant de voir tout ça… Il y avait plusieurs communiantes toutes de blanc vêtues, plein de mamans très fières (dont une que je connais très très bien, et de papas qui… apparemment se faisaient un peu chier je crois, mais qui écoutaient sagement, regardant leurs progénitures, plus tout à fait des enfants, mais pas encore effleurées par l’ingratitude de l’adolescence, juste touchées par… la grâce. C’est de là que doit venir l’expression consacrée d’ailleurs… Moi, Celle qui m’a invitée à sa communion c’était la plus jolie, et je dis pas ça parce que c’est la fille de ma copine hein… mais comme dirait Pierre elle a de ses lumières au fond des yeux qui rendent aveugles ou amoureux… Et comme je te dis moi, Elle a ces grands yeux noirs et ses boucles brunes qui coulent le long de son visage, elle n’est que  calme et douceur, elle est simplement… jolie, et elle ne le sait pas. Et ça le rend juste magnifique. Nous étions juste là pour la voir faire sa première communion avec l’éternel…Et ensuite… Ensuite nous sommes allées fêter ça. Et là… Là tu croyais que tu allais juste à une communion… Et tu te retrouves à une vraie Communion. Au sens propre du terme. Tu communies. Ouais, j’ai regardé dans le dictionnaire, la définition de communier ; « Être en union spirituelle ou affective avec d’autres personnes, partager une condition, un sentiment. » C’est très précisément la définition de mon dimanche. J’ai partagé. Mais tellement. J’ai du mal à trouver les mots pour te raconter. Tellement c’était… waouh. c’était tout blanc. avec du soleil partout et des fleurs. y’avait du bon go^t dans tous les coins. Pas une fausse note… mais bon, je connais la maitresse de maison, elle a un peu appris à Bree Van der Kamp comment on se tient, donc je n’avais pas trop de doutes sur la bongoutitude… tout était mieux qu’instagrammable… tout était beau. On se doutait que ce serait comme ça…  mais on avait pas vraiment vu venir le meilleur… Ce qui nous est arrivé… Juste après, ce qu’on s’est pris en pleine face. Parce que la vraie communion, elle était là. Ce moment unique. Ce moment magique. Cette catalyse. Ta famille. Tes amies. La musique. Les musiques.  Les chants. Ta grand mère, tes tantes, ton papa, ta maman, ton cousin, ton frère, ton gang, ta garde rapprochée… Et puis Nous. Avec un grand N.  Et toi… si belle, si souriante, heureuse, si toi. et Nous… Ha… Nous… je regarde et re-regarde ces vidéos… Et je ris. Et je re-ris. Le Bonheur existe vraiment. Il est juste là. Palpable. Tu les vois ces 9 gonzesses qui chantent, qui dansent, et qui se marrent. Plus rien n’est important que ce moment là. Elles ont érigé ça comme une… religion. La seule qui ait une justification, celle du kif. Celle du Ensemble. Celle qui va D’Enrico Macias aux Demons de Minuit, en passant par Dalida, Jeanne Mas et Tié la famille.. ouais… la famille. En fait je ne sais toujours pas vraiment ce que c’est qu’une première communion, malgré wikipédia, mais dimanche je sais qu’on a communié. Au sens propre du terme. Bein sûr le champagne nous a un peu aidées… mas  on était unies. On était nous. Les voix se sont mélangées, parfois disgracieuses et comiques, parfois hurlantes… elles se sont tues aussi pour écouter ton cousin faire résonner des mots anciens avec ses notes à lui. Puis nous avons repris ceux d’un grand poète encore vivant… -Sur une étoile ou sur un oreiller … Au fond d’un train ou dans un vieux grenier… on va s’aimer- ouais, nous, Toutes les neuf. On va s’aimer bordel. Et On a tapé dans nos mains, on a échangé nos chapeaux, on a célébré la joie. La vie. Le nous. Qu’importe la place qu’importe l’endroit. Nous neuf. Et ta famille. Ta famille faite de rires, de voix, et de chants. Le bonheur d’etre ensemble. Tout simplement. Alors Merci pour tout ça. Pour cette joie, pour cette lumière, pour ces sons… Pour cette communion, qui, je crois, n’a jamais aussi bien… porté son nom.