La quatrième dimension

J’ai récemment découvert un nouvel univers. Un univers parallèle. Un monde dans lequel le temps et l’espace ne sont plus les mêmes. Un monde ignoré d’un pan entier de l’humanité. Un monde auquel je n’avais jusque là pas eu accès. Je ne sais pas encore comment le nommer. Mais celles et ceux qui y sont déjà allés le reconnaitront… Ce monde peuplé de créatures qui nous ressemblent mais qui sont si différentes… Ce monde auquel seule une certaine partie des humains à accès. Le monde des parents qui ne travaillent pas. Et par conséquent… qui s’occupent de la vie « périscolaire » de leur enfant. Ouais, cet espace situé entre 16h30 et 19h en semaine… Tu crois que c’est rien… Mais laisse moi te dire que tu te trompes…

La plus grosse découverte a pour moi été la sortie des classes à 16h30. Première fois en 3 ans. c’est un peu chelou je te l’avoue… Bon, déjà, saches le, c’est un légende urbaine, ça sonne à 16h20 en fait, et crois le ou non, des personnes comme vous et moi, normalement constituées, se massent devant les grilles de l’école dès 16h10… Pourtant c’est immuable, la « cloche » comme ils disent, ne sonnera pas avant 20. Mais ils sont là. ils veillent. Ils se toisent. Petits sourires, parfois complices et en meme temps hypocrites, coups d’oeil aux montres. iPhone en main, comme pour donner l’alerte, on ne sait jamais, le B613 est peut être embusqué… Positions statiques. Certains remuent un peu. Plus l’heure avance, plus ils se rapprochent de la grille. On prend position… des fois que.. on ne sait jamais… Moi je vous avoue, perso, je suis un chanceuse… j’ai été initiée par des « anciennes » des qui savent. Alors pour ma première sortie des classes j’étais moins stressée. Mais quand meme, ça te met un petit coup de pression. Bon, je te rappelle que mon fils fait normalement partie des plus jeunes de l’ecole, rapport à ce qu’il est en CP, mais apparemment devant l’école on s’en fout. Pas de discrimination. Si Ton fis a 10 ans. Viens, colle toi à la grille, il pourrait te manquer et aller s’écraser contre… Contre rien en fait. Tu le trouverais. Mais ouais, il faut etre là. Pour montrer que t’es là sans doute. Moi j’avais pas trop le stress de le rater, mais bon, étant donné l’occupation du terrain par les autres, je me suis posée des questions.

Je sais pas chez vous, mais nous on a 2 grilles. Chez nous l’enfant aurait vraiment du mal à s’expluser de l’école pour se retrouver dans la nature…. Mais les parents sont là. je veux dire LÀ. Et du coup moi aussi. J’ai assisté à l ‘ouverture des grilles. Un espèce d’accouchement avec péridurale. Le truc pas douloureux hein, attendu… et qui ressemble en tout point à une délivrance. Un peu comme si ça faisait des heures que ça montait et tout d’un coup… Ils sortent. Allez y madame, poussez…

Survoltés. Débraillés. Fatigués. Excités. Peinturlurés. Eux, pour pousser la métaphore jusqu’au bout, gueulent… Mais ils sont heureux. Comme disait l’autre « l’école est finie. » J’ai vu le mien. Et puis je ne l’ai plus vu. Je l’ai senti. Il a accroché mon gilet. Mamaaaan. Dans ce maman y’avait de tout. Comme dirait mon nouvel ami Orelsan, Simple et Basique. Maman. LA Base. La simplicité. ce sourire. Son sourire. Et puis il trace. Il suit les autres. Et toi tu suis les autres. Instinct grégaire. Simple et basique. On se retrouve dehors. On tente une discussion… mais non, c’est pas l’endroit… De l’instantoù il t’a vu il n’a bien sûr plus tourné ka poignée de son cartable que tu raines désormais… Naturellement. Tu tentes un « Ferme ta veste » mais il ne t’écoute pas, il parle. Il déblatère un monologue qui n’attend aucune réponse. Tu souris. Sans doute parce que c’est ta première fois.

Chacune reprend sa voiture. Et là. Là. tu comprends ce que c’est que le bordel. La N118 un soir de neige en fait. Sors du parking de l’école à 16h35, et tu seras un homme, MEUF.

Le nain continue de parler. Tu mets la radio plus fort. tu souris moins…

Attends, ton mardi n’est pas fini. après, le mardi, il a KARATE. c’est à 17h. T’es large. On a la boite à gouter. BIEN SUR on a le sac de karaté. On est bien. On se gare. Il mange ses cookies. Tu l’aides à ouvrir son candyup parce que t’as peur qu’il s’en foute partout, c’est vrai ça, comment il fait sans toi depuis 5 mois? C’est vrai. Il y arrive. Mais là, comme tu es là, c’est bien que tu le fasses. On va au karaté. Je l’aide à enfiler le pyjama règlementaire, il a pas mis la coquille, vas-y, enlève le pantalon et mets la coquille…remets le pantalon… Les lunettes. Ha, tu gardes pas les lunettes? OK OK, donne les moi. OK. Et la ceinture! maman! Attends on va demander à Sandrine ou Annabelle, ELLES, elles savent faire le noeud. Ouais. Progrès à faire. Bon, c’est pas tout ça, mais on va aller boire un coup parce que… Parce qu’on va te laisser prendre ton cours tranquille hein. (et surtout ça sent les pieds mon chat hein). Allez, bon cours! Ouais voila, c’est comme ça que tu te retrouves à boire une despé à 17h15 un mardi soir avec une autre maman. Et tu passes meme un bon moment en fait. Tu reviens à la fin du cours. il est ravi de te voir. RE-venir le chercher. Sylvie te dit de pas oublier la compète de samedi hein. NOooooooon, bien sur que tu n’oublies pas. Elle te donne l’écusson du club qu’il faut coudre sur le kimono… Bêtement tu lui demandes où il faut le « coudre » … Elle te répond «sur le coeur » . Tu dis « Ha, ça va lui faire mal quand meme ». .. Elle ne rigole pas. Sylvie est premier degré. Tu te rattrapes en disant que tu vas le mettre sur le kimono. Tu fais la maline hein, mais le lendemain tu sors ta trousse de couture et tu mets une heure à coudre le truc sur le kimono propre. Toi t’appelles ça un pyjama, ça ressemble quand meme beaucoup… mais Tu l’as même repassé pour la compète. T’as beau faire celle qui est détachée, ça te prend aux tripes. C’est pire que si c’était toi. C’est meme encore mieux que ça. c’est MIEUX que si c’était toi. Il est ta plus belle réussite.

Je déteste ce mot. REUSSITE. mais il est ça. y’en a pas d’autres. Aujourd’hui j’ai du temps pour lui. Du temps qui n’a pas de prix. J’ai zéro patience et j’ai pas lu tout le mode d’emploi, mais je te jure que je vais continuer d’essayer d’être une bonne maman. Nan, pas celle de la confiture mon chat. Celle qui te met de la musique fort fort et qui chante avec toi. Celle qui a les larmes aux yeux quand tu lui ramènes une médaille de n’importe quoi. Celle qui oublie ta trousse dans le cartable. Celle qui te lave pas tous les jours. Celle qui connait les prénoms de tous tes copains de classe. Celle qui t’engueule parce que t’as encore cassé ton cartable, celle qui te bat à Mario kart 8, celle qui te rachète des mini-saucissons parce que c’est tes préférés, celle qui te prend en photo quand tu dors, celle qui t’avait rêvé moins bien que ce que tu es chaque jour et qui pensait même pas que c’était possible. celle qui t’as mis PALLADIUM à fond hier et à qui tu as dit:

⁃ Mais maman, on peut pas boire du rock’n’roll !

⁃ ben si, il suffit d’avoir un verre!

Et toi tu as ri.